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Le jardin des Poètes

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Poèmes choisis de Chebbi en français

 
 

A L’OMBRE DE VA VALLEE DE LA MORT

 

Ainsi nous cheminerons toujours sans brut, et le monde tout autour marchera follement.

Avec les oiseaux, nous chanterons

Et nos chants et le leurs monteront au soleil,

Et sans vesse le printemps soufflera dans sa flûte.

A la mort nous dirons le drame de la vie,

Ce drame dont jamais nous ne saurons la fin.

 

Ainsi parlais-je aux vent et les vents de me dire :

«  Demande plutôt à la vie que en fut le début. »

alors,voilée de brune, excédée d’ amertume,

mon âme s’écria : «  vers où, vers quoi allons-nous?

- va ! marche au fil des jours, lui conseillai-je.

- mais qu’avons-nous récolté de nos marches anciennes?

Tel une herbe fauchée, je m’affalais à terre,

Et suppliai mon cœur de me donner une pelle :

«  donne, mon cœur, donne- moi ma pelle,

peut être pourrais-je enfin creuser ma tombe

et dans la nuit figée m’enterrer tout vivant. »

«  oui, oui, donne, mon cœur, donne-moi cette pelle !

regarde tout autour les épaisses ténèbres

et le triste brouillard pesant sur mes épaules.

Las ! las ! mon pauvre cœur, je t’en supplie, regarde

Comme la coupe d’amour remplie au point du jour

Eclate en milles morceaux dans mes deux mains unies.

Ma jeunesse flouée n’est plus qu’un ombre morte,

Seule m’en reste aux lèvres une plainte éternelle.

Je t’en supplie, mon cœur, donne-moi donc ma pelle !

Toi et moi, ô mon cœur, formons deux exilés

Qui forgent de la vie un art triste et beau. »

 

«  tout au long de la vie, n’avons-nous point dansé,

et tant et tant chanté au fil de la jeunesse?

Et tant de nuit couru dans les voies de la vie,

Jusqu’ au voir le sang pus de nos pieds nus couler?

Ensemble, n’avant-nous pas mangé tant de poussière

Et tant de larme bues jusqu’à l’écoeurement?

Rêve, amour, douleurs, désespoir et tristesse,

Nous les avons semés partout où nous passons. »

 

Mais de cela, mon cœur, qu’avons-nous récolté?

Me voici ici-bas, loin des joies, loin du chant,

Qui enterre mes jours dans le sombre néant,

Sana même pouvoir les pleurer un seul instant.

Voici que dans un morne et pénible silence

Choient les fleures de la vie, une- à une à mes pieds.

O mon cœur éploré, je t’en supplie, regarde !

Le charme de la vie est déjà bien tari.

Alors viens, mon cœur, viens vite auprès de moi,

Pour que, sans plus tarder, ensemble nous fassions

L’expérience de la mort.

                                             

 

             LE PROPHETE MECONNU

 

O peuple ! que ne puis-je être bûcheron

Pour abattre ma hache sur les troncs vermoulus?

Que ne puis-je être torrent impétueux

Pour tout importer sur mon passage,

Et démolir tombeaux et sépultures?

Que ne puis-je être comme le vent

Pou terrasser, de mon souffle sinistre,

Tout ce qui a pour mission d’étrangler la fleur?

Que ne puis-je être comme l’hiver

Pou planter ma morsure dans tout ce que l’automne a fané?

 

O peuple ! tu n’est au fond qu’un tout petit enfant,

Qui joue avec du sable dans l’obscurité,

Une force enchaînée par les ténèbres depuis la nuit des temps.

 

Ainsi parlait un poète qui offrit aux hommes

Le nectar de la vie dans la coupe la plus belle.

Mais, irrités, les hommes sont détournèrent

Et s’en furent, disant avec mépris :

« il a perdu la raisant en fréquentant les djinns.

Combien de fois, la nuit, n’a-t-il pas parlé aux la tempêtes,

Et fait des confidences aux morts dans maints tombeaux !

Combien de fois, uni à l’obscure forêt,

N’a-t-il pas invoqué les âmes de toutes races !

Combien de fois n’a-t-il pas conversé avec les démons de la vallée !

Eloignez donc du temple cet affreux hérétiques,

Eloignez cette source d’impureté. »

 

Ainsi parlait un poète- philosophe

Qui vécut malheureux parmi un peuple sot.

Ainsi il parla, pui s’en alla das la forêt ;

là-bas, à l’ombre des pins, au pieds des oliviers,

il passera sa vie.

Il s’informera sur le parfum des roses de toutes les vallées,

Sur le chant des oiseaux, le soir, quand ils se retirent,

 sur le grondement des vents dans les gouffres profonds,

sur les ruines du monde depuis la nuit des temps.

Où donc le silence sidéral enterre-t-il ces chants,

Et où se perdent-ils, quand arrive la nuit?

                                                                                       

 

PRIERE DANS LE TEMPLE DE L’AMOUR

 

Douce tu es, comme l’enfance, comme le rêve ;

Comme une belle mélodie, comme le matin nouveau ;

Comme la nuit étoilée, comme le ciel qui sourit ;

Comme un bouquet de roses, comme un bébé qui rit.

Tu es si pure que, devant ta pureté,

L’âme de tout mécréant retrouve la foi ;

Si frêle que, devant ta grâce,

La consent à pousser dans le roc.

Qui donc peut tu être?

Vénus descendue se pavaner parmi les hommes, pour rendre jeunesse et lune de miel à ce monde moribond?

Ou bien un ange du paradis venu sur terre,

Pour ressusciter la paix des temps révolus?

Toi ! qu’est-ce donc toi?

Tu es une forme géniale artistement dessinée par la vie.

Tu es une aube de charme qui se leva sur mon cœur endolori,

Pour lui montrer la vie dans la beauté épanouie,

Pour lui révéler les secret de l’immortalité.

Tu es l’âme du printemps,

Et, devant ton pas si fier,

La vie se charge de parfums enivrants,

Et tout l’univers retentit de chansons.

Chaque fois que de mes yeux je te vois évoluer,

D’un pas rythmé comme un air mélodieux,

Mon cœur bat à la vie et le fleur frémit ;

Dans le champs de ma vie jusque là en jachère,

Mon âme grisée d’amour, chante comme un rossignol,

Quant ta beauté se laisse entrevoir.

Dieu, que ton pas est beau ! ivre de musique ;

Dieu, que ta voix est belle ! écho d’une flûte lointaine.

Chaque fois que tu t’assieds,chaque fois que tu te lève,

Ta souple taille éclate en pure mélodies ;

En toi tout est en rythme : et cette gorge qui se retourne, et ce sein qui remue.

Toi ! oui toi !

Ah ! si tu savais, ma belle fleur, si tu pouvais savoir

Ce qui se passe dans mon cœur esseulé.

Dans ce cœur exilé s’édifient mille mondes,

De charme et d’unique beauté,

Et brillent mille soleils radieux.

Et des étoiles répandent leurs lumières dans l’espace sans fin,

Et renaît le printemps :

Rêve d’un poète enivré du vin de sa jeunesse, et s’épanouissent mille jardins

Que jamais ne connaissent ni nuit noire ni automne revanchard,

Et s’ébattent mille oiseaux magiques,

Rivalisant de chants,

Et s’érigent mille palais,

Beau comme un horizon teint au henné,

Souriant comme le visage du matin nouveau-né,

Et voguent des nuages, pétales des roses dispersés,

Et vibre la vie du poème.

Ne me rejette pas, ma toute de beauté.

Le tout-puissant ne lapide jamais ses créatures,

Quand prosternée, elles gisent à ses pieds.

                                                                                           (Hymnes à la vie)

 

Poèmes traduits par: Taoufik Baccar